mois
aphlabate (aph’la-bate)
Composée d'œuvres sélectionnées avec soin par les membres de l'équipe de Vidéographe, la série vidéo du mois explore la riche collection de Vidéographe et offre un regard sur l'équipe qui anime le centre. Nouveau mois, nouvelle vidéo.
Siam Obregón est une cinéaste et artiste visuelle mexicaine. Elle a obtenu un baccalauréat en beaux-arts avec spécialisation en production cinématographique à l’Université Concordia. Son travail se concentre sur l’observation, l’intimité et les thèmes de l’identité culturelle. Ses dernières œuvres ont été présentées dans de nombreux festivals, notamment HotDocs, le Festival international du film sur l’art (FIFA) et REGARD.
Synopsis
aphlabate (aph’la-bate) est l’illustration d’une lutte avec les rudiments de l’alphabet. alphabate se veut une tentative de dés-apprendre ce qui est fondamentalement enraciné par une narration, une expérimentation avec des formes d’écriture inexistantes et leurs vocalisations (mal) appropriées
L'avis de l'équipe
aphlabate (aph’la-bate), de Jean-Marc Superville Sovak, pose une question simple : et si l’on ne pouvait plus se fier au langage?
À travers la narration, des formes d’écriture inventées, des mots mal orthographiés et l’expérimentation en stop-motion, le film met en scène une lutte avec l’alphabet lui-même. Le narrateur raconte qu’il devient de plus en plus mal à l’aise avec le langage, en venant à percevoir ce système qui lui permet de comprendre le monde qui l’entoure comme quelque chose d’oppressant, d’automatique et d’impossible à fuir. « Je peux tout lire », confie-t-il, non pas comme une chance, mais presque comme un fardeau.
Quel concept fascinant : transformer la littératie en quelque chose d’étrange et d’inconfortable. Lire est une chose que je fais, et que vous faites peut-être aussi, de manière inconsciente. Mais à bien y penser, nous sommes en quelque sorte pris·es avec cette aptitude pour toujours. Le narrateur y voit une sorte de « superpouvoir », et d’une certaine façon, c’en est un. Il s’accompagne d’un privilège, mais aussi de la responsabilité de savoir quoi faire des mots. Les mots ont un pouvoir. Ils façonnent notre réalité, et celle des gens qui nous entourent. Regarder le film m’a fait réfléchir à quel point le langage structure notre façon de percevoir le monde.
Sous son expérimentation ludique se cache le désir de remettre en question ce qu’on a imposé à la plupart d’entre nous. La curiosité du film me touche, tout comme son désir de désapprendre et son invitation à interroger ce que nous tenons pour réel. Le film nous demande de regarder à nouveau quelque chose de si familier qu’on ne le voit même plus.
À une époque où le langage sert constamment à persuader, à diviser, à simplifier et à contrôler, ça m’apparaît comme un exercice précieux. aphlabate nous rappelle que les mots ne sont jamais innocents, et que remettre en question les structures que nous tenons pour acquises est peut-être le premier pas vers l’imagination de quelque chose de différent :)
Siam Obregón
Responsable des communications et coordonnatrice de la programmation





