Rodentia

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4.00
Description

Composée d'œuvres sélectionnées avec soin par les membres de l'équipe de Vidéographe, la série vidéo du mois explore la riche collection de Vidéographe et offre un regard sur l'équipe qui anime le centre. Nouveau mois, nouvelle vidéo.

Commissaire

Sarah Foulkes est une cinéaste et travailleuse culturelle. Elle s’intéresse particulièrement à l’exploration du travail, du féminisme et de la narrativité par le biais de l’image et du son.

Length of program
13:32

Synopsis
Ma tante a 60 ans. Elle entame un processus d’injection cellulaire d’hétérocéphale ; l’animal possédant la plus grande longévité et étant immunisé contre tous cancers. Face caméra, elle témoigne et partage un rituel bien spécifique pour entretenir son corps dans l’attente d’un potentiel changement...

Rodentia révèle des fantasmes et craintes du corps féminin usé, dirigé par l’industrie de la beauté et des promesses scientifiques. Le prototype filmique s'appuie sur une approche de documentaire-fiction.

L'avis de l'équipe
En 2020, à l’époque où Rodentia a été réalisé, le biohacking n’avait déjà rien de nouveau. Si repousser les limites de l’ingénierie humaine permet de gagner une ou deux décennies de santé — pourquoi ne pas essayer? Le piège ironique, bien sûr, dans cette volonté toujours présente de conjurer le vieillissement et, à terme, la mort, c’est le moment où elle finit par entraver la vie et le bien-vivre. Dans son court documentaire, Elisa Gleize filme sa tante de 60 ans qui se soumet à une série d’injections de cellules prélevées sur l’hétérocéphale, dit rat-taupe nu — le rongeur à la plus grande longévité. Dans des entrevues franches, Danièle Bove parle de sa peur de vieillir et de son dégoût grandissant pour son « corps flasque ». Elle apaise ces craintes en se tournant vers la thérapie par cellules souches — pour laquelle elle débourse 82 000 francs suisses (environ 117 000 $ CA) pour un traitement d’un an. Elle complète ces traitements par de la luminothérapie par DEL et des séances régulières de earthing, ou d’« ancrage à la terre » — un procédé pseudoscientifique par lequel les cellules seraient, paraît-il, régénérées grâce au contact direct avec le sol. Si Danièle ne faisait que dépenser son argent dans des traitements qui ne font ni bien ni mal, ça n’aurait rien d’alarmant. Vivre et laisser vivre, comme on dit.

Mais sa tante se met à oublier des choses. Y compris ses rendez-vous pour les injections. En revanche, depuis qu’elle a commencé les injections, elle a cessé de s’isoler, dans le noir, toute la journée — un peu comme le rat-taupe, justement. Gleize se garde bien de dresser un réquisitoire contre sa tante et ses pratiques mal avisées. Elle semble plutôt animée d’une réelle curiosité de la comprendre et de suivre l’évolution de leur relation. Avec ses intérieurs froids et épurés et sa caméra fixe, Rodentia rappelle, tant par son esthétique que par ses préoccupations thématiques, Safe de Todd Haynes — chef-d’œuvre des années 1990 sur une femme de banlieue qui cherche un traitement alternatif pour soigner une mystérieuse maladie environnementale. À l’instar de Safe, Rodentia évoque les façons dont les femmes tentent — par tous les moyens — de reprendre leur santé en main.

Sarah Foulkes
Coordinatrice des ventes et de la collection

 

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