dv_vd — Après l’image : les traces de la mémoire familiale

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16.00
Description

Pour cette édition de dv_vd, Vidéographe et Dazibao a offert une carte blanche à Daniela Paglione. La cinéaste et commissaire a proposé le programme Après l’image : les traces de la mémoire familiale, dans lequel elle présente une sélection d’œuvres expérimentales explorant la mémoire familiale, les archives domestiques et la manière dont les images se transforment, se fragmentent et se recomposent au fil du temps.

Commissaire

Née à Montréal, Daniela Paglione est une cinéaste expérimentale indépendante, photographe et commissaire émergente. Elle est titulaire d’un baccalauréat en communication de l’Université Concordia, où elle a poursuivi sa passion tout au long de ses études universitaires, en se spécialisant dans le cinéma expérimental. Son travail a été présenté dans des contextes cinématographiques et culturels à l’échelle nationale et internationale, notamment dans le cadre de projections aux Rencontres Internationales Paris/Berlin, au Porto Femme International Film Festival et au Festival International du Film sur l’Art. Elle contribue également à Offscreen, une revue cinématographique en ligne, en écrivant des articles sur le cinéma et les festivals. Depuis 2019, Daniela crée des courts métrages indépendants, développant une pratique qui explore des thèmes liés à l’ego, à la mort, à la mémoire et à l’inconscient.

Length of program
47:27

Le regard familial, un concept développé par l’autrice et professeure Marianne Hirsch, positionne les images de famille comme des espaces intimes et construits, où la mémoire est préservée tout en étant discrètement façonnée par des structures sociales et culturelles. Plutôt que de se concentrer sur des mondes matériels extraordinaires, le regard familial s’intéresse à « l’extraordinaire ordinarité des mondes sociaux intimes »1. Dans cette perspective, les images de famille produisent une impression de cohérence et de continuité, alors même que la mémoire, l’identité et les idéologies se construisent et se transforment au fil du temps. L’image en mouvement expérimentale vient toutefois ébranler cette apparente stabilité en révélant le caractère fragmentaire, médiatisé et construit du souvenir. 

Par des procédés de fragmentation, de remontage, de recontextualisation, de grain, de neige et de dégradation, les œuvres expérimentales mobilisent la matérialité de l’image comme une véritable matière mémorielle. Les altérations visuelles ne constituent pas de simples défauts esthétiques, elles deviennent les traces du temps, de l’oubli et de la transmission. La détérioration de l’image représente la manifestation visible, révélant des souvenirs intimes et hérités qui apparaissent dans toute leur fragilité et leur caractère continuellement reconstruit. 

Le programme Après l’image explore le passage de la mémoire familiale privée vers un acte public de visionnement à travers une sélection de films expérimentaux issus d’archives domestiques. En exposant ces images dans l’espace collectif, les œuvres déplacent le regard du spectateur, qui devient moins observateur passif que témoin d’une mémoire partielle, subjective et chargée d’émotion. Cette rencontre avec les souvenirs d’autrui soulève des questions de proximité, d’auteurialité et d’éthique du regard, tout en révélant l’archive familiale comme un espace de négociation où se croisent mémoire individuelle, histoire collective et identité culturelle. 

La structure du programme est progressive, commençant par des œuvres qui présentent des récits familiaux relativement stables et lisibles avant de glisser graduellement vers une dégradation visuelle de plus en plus marquée. Ce lent effritement révèle la dégradation matérielle de l’image comme un parallèle à la déconstruction de la mémoire elle-même. À mesure que le programme se déploie, les représentations de l’intimité deviennent moins fixes et plus instables, faisant apparaître l’image en mouvement texturalement détériorée comme un espace où la mémoire est continuellement reconstruite, déconstruite et médiatisée. Les archives familiales ne constituent jamais des traces fixes du passé; elles sont des constructions mouvantes, façonnées par le temps, l’expérience et le regard. En laissant la dégradation physique de l’image devenir la matière visible de la mémoire, les artistes de l’image en mouvement expérimentale révèlent que l’acte de se souvenir est toujours fragmentaire, transformé et en perpétuelle recomposition. 

—Daniela Paglione, commissaire

  1. Marianne Hirsch, ed., The Familial Gaze (Hanover, NH: Dartmouth College Press, 1999), https://archive.org/details/familialgaze0000unse

Après l’image : les traces de la mémoire familiale a été présenté le 24 septembre 2026, à Dazibao, dans le cadre de la série dv_vd, une initiative de Vidéographe et Dazibao. L'objectif de cette collaboration est de faire dialoguer la collection du centre avec la scène actuelle de l'art vidéo.

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