Sylvanie Tendron: entraves quotidiennes

7 avril 2019 au 7 juillet 2019
 
Description

Sylvanie Tendron explore son identité de femme, d'artiste et de Sourde. Phonocentrisme, patriarcat et représentation passent au tordeur de son regard tragi-comique.

Présentation d'artiste.

Durée du programme
29:00

Sylvanie Tendron: entraves quotidiennes

La vidéaste française Sylvanie Tendron a été la première artiste à participer à la résidence de recherche pour artistes, chercheurs et commissaires Sourds de Vidéographe au printemps 2018.

Depuis 2004, Sylvanie Tendron explore les comportements liés au langage et à la communication. Pour ce faire, elle puise dans son expérience quotidienne et évoque, avec humour et dérision, l’absurdité, les entraves et les malentendus suscités par la confrontation et la rencontre de la différence. Dans ses vidéos performatives, elle met en scène des situations d’isolement ou d’enfermement causées par des obstacles à la limite du burlesque qu’elle tente de déjouer. Ces exercices illustrent les nombreuses circonstances où l’on tente d’entrer en rapport avec l’autre en s’adaptant à son langage. Sylvanie Tendron a effectué des résidences et présenté son travail en Bolivie, en France, au Maroc, au Québec et au Vietnam. Elle réside à Toulouse, France.

Au cours de sa résidence à Vidéographe, l’artiste a exploré la relation entre l’audisme et le féminisme. Elle s’est inspirée pour ce faire du concept de déconstruction du phonocentrisme élaboré par Jolenta Lapiack, artiste Sourde canadienne. Cette dernière travaille à partir des écrits de Jacques Derrida sur la déconstruction du logocentrisme pour établir une relation causale entre le phonocentrisme et le patriarcat. Sylvanie Tendron a poussé ses recherches en vidéo et avec l’action performative en privilégiant cet angle. Ses vidéos DrEAD, V. DESPENTES et Vampire domestique ont été produites dans le cadre de la résidence.

Le 11 avril 2018, elle présentait ses vidéos et son travail à Dazibao, dans le cadre de la série de projections DV_VD. Nous reproduisons ici son texte de d’introduction :

Pour la petite histoire

« La Langue des Signes est une langue à part entière. Il faut savoir qu’en Europe la Langue des Signes à été interdite pendant 100 ans suite au Congrès de Milan en 1880. En 1980, c’est le Réveil Sourd en France. Au milieu des années 1980 à Toulouse s’ouvre une école bilingue de la maternelle au lycée (avant l’Université). Ce système d’Éducation Nationale en Langue de Signes perdure encore aujourd’hui, c’est la seule et la plus importante en France. Beaucoup de parents d’enfants sourds décident d’y scolariser leurs enfants, et ces enfants sourds devenus adultes ont pour métier : psychologue, comédiens professionnels, professeurs d’école, traducteurs… à même titre que n’importe quel citoyen français entendant. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres villes de France, où les sourds ont seulement des « petits » métiers ou le statut de chômeur bénéficiant de l’Allocation Adulte Handicapé (« Mange et tais-toi! »). Aux États-Unis, il y a aussi l’université des sourds Gallaudet (Gallaudet University).

Parcours

J’ai étudié à l’école des Beaux-arts de Bordeaux. Dans ce cursus, j’ai fait un échange d’un an à l’UQAM (2005-2006). C’est cette année là où je me sépare de mes appareils auditifs, d’abord par accident, mon embout était cassé, puis par prise de conscience en me mêlant à ce carrefour culturel qu’offre Montréal, en attendant mes bourses pour la réparation des appareils. Entre temps, je me suis posé la question : Pourquoi m’a-t-on posé des appareils sur les oreilles? Pour rentrer dans la norme d’entendre? Pour satisfaire et rentabiliser les recherches médicales qui ont pour but de « réparer » l’oreille? Pourtant, j’ai aussi ma langue (des signes) et ma propre culture, comme c’est le cas d’un Anglais, d’un Japonais, de vous ou encore d’un Sud-Africain. Je me situe dans une minorité linguistique et non comme porteuse d’un handicap. Alors, les situations quotidiennes de comportements, de malentendus ou d’absurdités que je rencontre, je m’en sers pour faire des vidéos performatives, métaphorisées par des obstacles actifs que je créé et que je tente de déjouer avec humour, dérision, autodérision et burlesque. Ce sont des séries d’adaptation au langage pour rentrer en rapport avec autrui. » – Sylvanie Tendron

Image : Sylvanie Tendron, Entraves quotidiennes, 2006

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