Correspondances et confidences
Le programme Correspondances et confidences a été spécialement conçu par Nicole Gingras, lauréate de l’édition 2026 du Prix Robert-Forget, pour l’occasion. Le programme a d’abord été diffusé dans le cadre de la soirée de la remise du prix, qui s’est déroulée le 19 février dernier au Cinéma Moderne.
Créé en 2021 dans le cadre des festivités entourant les 50 ans de Vidéographe et nommé d’après le fondateur de l’organisme, le Prix Robert-Forget est remis tous les deux ans à un·e artiste, commissaire ou chercheur·e québécois·e ayant contribué de manière exceptionnelle au développement de l’image en mouvement au Québec.
Nicole Gingras est commissaire, auteure et éditrice indépendante. Les processus de création, les notions de temps, d’écoute et de trace jalonnent ses recherches. Son intérêt pour les pratiques exploratoires en cinéma et en vidéo ainsi que pour les arts visuels, l’art sonore et l’art cinétique se traduit en de multiples réalisations (expositions, programmations, publications) présentées sur les scènes nationale et internationale. Elle est l’auteure de nombreux textes analytiques sur l’image en mouvement, la photographie, l’art sonore. L’entretien comme mode d’échange avec un·e artiste est également une approche de l’écriture qu’elle privilégie depuis plusieurs années. Elle poursuit ainsi avec quelques artistes une correspondance-conversation sur une base régulière, qui se traduit parfois en une publication et dont la plus récente, 9 entretiens / interviews, paraît en 2024. Au fil des ans, elle s’associe à divers musées, galeries, centres d’artistes et festivals dont le Festival International du Film sur l’Art pour lequel elle développe la section FIFA Expérimental de 2003 à 2025, ainsi que divers organismes de production et de diffusion dont Groupe Intervention Vidéo (GIV) et Vidéographe, à Montréal ainsi que VTape à Toronto.
Liste des œuvres au programme
Itinéraire en pointillé, extrait de la mémoire d’une personne habitée par les images, les sons et les mots. Pour ce programme, j’ai choisi six œuvres réalisées entre 1986 et 2023 par Marik Boudreau, Francisco Ruiz de Infante, Manon Labrecque, Geneviève & Matthieu, Rachel Echenberg et Catherine Boivin.
J’entretiens avec chacune d’elles une relation particulière. Certaines m’accompagnent depuis l’année de leur création. D’autres se sont laissé découvrir progressivement. Le temps offre cette possibilité magnifique et étonnante d’accueillir les choses au moment opportun.
La dimension photographique – que je traduis par une attention à l’image, à ses propriétés, à son pouvoir d’évocation – sert de point d’entrée à cette sélection, qui repose sur des pratiques distinctes et affirmées. Chaque vidéo traversée par l’image fixe, l’image en mouvement, le récit, la mémoire, l’intensité de la création, l’appartenance à un territoire, l’attachement à un geste-souvenir témoigne de la démarche de l’artiste, qu’il ou elle soit photographe, vidéaste, auteur·e, sculpteur·rice, performeur·euse ou cinéaste.
Je me suis ainsi tournée vers des œuvres qui entretiennent une relation singulière – je dirais une relation amoureuse – avec l’image. Une image qui a aussi une voix ; parfois une petite voix, parfois une voix phénoménale, mais une voix toujours profondément incarnée. La voix est cette présence qui s’infiltre dans le flot des images, qui nous enveloppe d’un récit ou d’un témoignage troublant, qui porte le souffle, les mots chuchotés, et qui, parfois, laisse place au silence. Dans la succession des œuvres, une multiplicité de « je » se déploie, entrouvrant une porte à chacun·e de nous pour d’éventuelles projections et résonances. Ces œuvres sont autant d’apparitions de la pensée, de visions partagées. La réalité, l’onirisme, le fantomatique, la magie, l’intime, l’identité et le sacré y sont traités avec intensité, chaleur, justesse et fragilité.
Le temps ne cesse de passer. Rien ne demeure stable bien longtemps. Quels sont les liens qui nous unissent ? Les choses simples existent-elles ? Comment aborder la complexité d’être, d’exister et celle de créer ? Heureusement, il y a ce privilège qu’offre le travail de commissaire et programmatrice de pouvoir revoir les œuvres, les relire pour en apprécier la matière, le propos et la singularité.
Un souhait : qu’entre ces visions, ces lieux, ces perceptions et ces présences manifestes, il y ait échanges, confidences et correspondances.
—Nicole Gingras, commissaire





